Œnotourisme31 mars 20268 min

Bourgogne Aligoté : le cépage méconnu qui mérite votre attention

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Simon Stoll

Fondateur d'Oenosuite

Dégustation de Bourgogne Aligoté dans une cave ancienne en Côte Chalonnaise, Bourgogne

L'Aligoté, le cépage de l'ombre en Bourgogne

Le Bourgogne Aligoté est une appellation régionale de Bourgogne produisant des vins blancs secs exclusivement à partir du cépage Aligoté B. Reconnue officiellement par décret le 31 juillet 1937, l'appellation s'étend sur environ 1 562 hectares répartis dans les départements de l'Yonne, de la Côte-d'Or et de la Saône-et-Loire. Longtemps cantonné au rôle ingrat de second cépage de la région, l'Aligoté connaît depuis quelques années un regain d'intérêt spectaculaire : l'AOC a gagné plus de 285 000 bouteilles sur les huit premiers mois de 2024 par rapport à 2023, soit une progression de +11,2 %.

L'Aligoté est souvent présenté comme le Cendrillon du vignoble bourguignon. Planté sur les parcelles moins bien exposées, trop acides ou trop froides pour accueillir le noble Pinot Noir ou le souverain Chardonnay, il a longtemps été considéré comme un vin de soif sans grande ambition. Cette réputation lui colle encore parfois à la peau, mais elle est de moins en moins méritée. Depuis les années 1990, une nouvelle génération de vignerons a pris le parti de valoriser l'Aligoté pour ce qu'il est vraiment : un cépage de caractère, minéral, tendu, d'une fraîcheur désaltérante, capable de vieillir dix ans et plus en cave.

Bouzeron : la seule appellation 100 % Aligoté

Parmi les 44 villages viticoles de Bourgogne, Bouzeron occupe une place unique : c'est le seul à disposer d'une appellation communale 100 % dédiée à l'Aligoté. Ce petit village de la Côte Chalonnaise, situé entre Santenay au nord et Rully au sud, compte à peine soixante hectares de vignes. La dénomination a d'abord été reconnue en 1979 sous le nom « Bourgogne Aligoté de Bouzeron », avant d'accéder au statut d'AOC Bouzeron à part entière en 1997. Cette promotion doit beaucoup à l'acharnement d'Aubert de Villaine, cofondateur et longtemps co-gérant du Domaine de la Romanée-Conti, qui s'est installé à Bouzeron en 1971 avec sa femme Pamela. Le Domaine A. et P. de Villaine pratique l'agriculture biologique certifiée depuis 1997 et une philosophie biodynamique, une exigence qui explique la qualité remarquable de leurs Bouzeron.

Le Kir, cocktail ambassadeur de l'Aligoté

Si l'Aligoté bénéficie d'une notoriété mondiale, même diffuse, c'est en grande partie grâce au Kir. Ce cocktail emblématique associe de la crème de cassis de Dijon à du Bourgogne Aligoté. Sa recette originale, telle qu'elle a été popularisée, était d'un tiers de crème de cassis pour deux tiers d'Aligoté, la douceur du cassis venant atténuer l'acidité naturelle du cépage. Aujourd'hui, la proportion courante est d'un cinquième de cassis pour quatre cinquièmes de vin.

L'histoire du Kir remonte à une anecdote de 1904 au café Montchapet à Dijon, où une serveuse aurait mélangé par inadvertance du vin blanc dans un verre de crème de cassis. Ce breuvage, appelé alors « blanc-cassis », aurait séduit les habitués. C'est le chanoine Félix Kir (1876-1968), prêtre, député de la Côte-d'Or et maire de Dijon de 1945 à 1968, qui lui donnera son nom définitif. Grand amateur de cette boisson, il la servait systématiquement lors des réceptions officielles. En 1951, la maison Lejay-Lagoute, qui avait créé la crème de cassis de Dijon en 1841, fut autorisée par le chanoine à utiliser son nom dans ses publicités.

Les vignerons qui subliment l'Aligoté

Le renouveau de l'Aligoté résulte de l'engagement de vignerons qui ont refusé de le traiter en cépage de seconde zone. À Marsannay, en Côte de Nuits, le Domaine Sylvain Pataille (fondé en 1999, 15 hectares) est l'un des ambassadeurs les plus convaincants du cépage. Œnologue de formation, Sylvain Pataille propose plusieurs expressions d'Aligoté dont les cuvées « Champ Forey » et « La Charme aux Prêtres », vinifiées avec une attention digne des grands vins blancs de la Côte de Beaune. Le domaine pratique l'agriculture biologique certifiée.

Dans l'Yonne, la famille Goisot (Guilhem et Jean-Hugues Goisot) élabore un Bourgogne Aligoté de haute tenue issu de vieilles vignes sur les coteaux de Saint-Bris-le-Vineux. En Côte Chalonnaise, le Domaine P. et M. Jacqueson à Rully compte parmi les producteurs de référence pour l'appellation. Plus au nord, à Nuits-Saint-Georges, Charles Lachaux a lancé une cuvée confidentielle très recherchée appelée « Les Champs d'Argent ». Ces vignerons ont en commun de traiter l'Aligoté avec des rendements maîtrisés, des vignes âgées et un élevage soigné, et leurs vins en sont la preuve éclatante.

L'Aligoté face au changement climatique : un atout inattendu

Dans le contexte du réchauffement climatique, l'Aligoté présente un avantage que peu ont anticipé : son acidité naturellement élevée. Alors que le Chardonnay perd de sa fraîcheur dans les millésimes caniculaires et que certains vignerons doivent recourir à l'acidification, l'Aligoté maintient naturellement sa vivacité. Plus résistant et plus productif que le Chardonnay, il développe une maturité équilibrée même dans les années chaudes, produisant des vins qui conservent leur tension et leur digestibilité. Les millésimes chauds comme 2022 et 2023 ont d'ailleurs produit des Bouzeron et Bourgogne Aligoté d'une richesse inhabituelle, tout en conservant cette ligne acide qui définit le cépage. Certains vignerons de la Côte d'Or commencent même à expérimenter des plantations d'Aligoté sur des parcelles autrefois dédiées au Chardonnay, une révolution silencieuse à surveiller.

Accords mets et vins : les surprises de l'Aligoté

L'Aligoté est un vin d'une remarquable polyvalence à table. Sa fraîcheur et sa minéralité en font l'accompagnement idéal des huîtres et des fruits de mer, une association moins convenue que le Muscadet, mais souvent préférée par les amateurs avertis. Sa vivacité tranche avec le gras des crustacés et met en valeur leurs notes iodées. À table, il s'accorde également très bien avec les poissons grillés ou pochés, les terrines de poisson, les fromages de chèvre frais (idéal avec un Crottin de Chavignol) et les apéritifs estivaux. Pour une expérience 100 % bourguignonne, commencez votre repas par un Kir bien dosé, un tiers de crème de cassis de Dijon, deux tiers d'Aligoté frais, sans glace, puis poursuivez avec le même vin sur des escargots de Bourgogne en persillade : un accord classique qui mérite d'être redécouvert.

Découvrir l'Aligoté lors d'un séjour en Bourgogne

Pour les oenotouristes curieux, l'Aligoté offre une porte d'entrée abordable sur l'univers bourguignon. Une belle bouteille de Bourgogne Aligoté d'un vigneron de qualité se trouve entre 10 et 15 euros, et un Bouzeron de renom entre 15 et 25 euros, des tarifs sans commune mesure avec les prix stratosphériques des appellations voisines. Depuis Dijon, base idéale pour explorer le vignoble, vous pouvez atteindre Bouzeron en moins de trente minutes par la route des vins. Une visite chez Sylvain Pataille à Marsannay ou une dégustation en Côte Chalonnaise s'impose pour tout amateur sérieux. L'Oenosuite à Dijon, réservable sur oenosuite.fr, propose un hébergement pensé pour les passionnés de vin : cave connectée Jalunia pour choisir vos bouteilles du soir, et accès au réseau de partenaires dont Winalist pour réserver vos visites de domaines, le point de départ idéal pour partir à la découverte de l'Aligoté bourguignon dans toute sa diversité.

Sources & références

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